CONFÉRENCE SUR LE MASCULINISME : UNE RÉFLEXION NÉCESSAIRE S’IMPOSE !
1 Avr, 2026

Le mercredi 25 mars dernier, le Comité de la condition des femmes de l’APRFAE recevait monsieur Francis Dupuis-Déri pour une conférence portant sur le masculinisme, un phénomène social préoccupant en pleine ascension ! Présentée en mode hybride (en présence et en visioconférence), cette rencontre a rassemblé près d’une cinquantaine de membres autour d’un sujet qui suscite de nombreuses réflexions et échanges.

Professeur de science politique à l’Université du Québec à Montréal (UQAM) et spécialiste reconnu de l’antiféminisme, monsieur Dupuis-Déri a proposé une analyse rigoureuse des discours masculinistes contemporains. D’entrée de jeu, il a déconstruit l’idée largement véhiculée de l’existence d’une « crise de la masculinité » en soulignant qu’il s’agit davantage d’un discours que d’une réalité appuyée par des indicateurs empiriques.

En effet, de nombreuses données démontrent que les hommes occupent encore majoritairement des positions de pouvoir dans la société — que ce soit en politique, dans les milieux économiques et financiers ou encore au sein des institutions. Parallèlement, des inégalités persistantes continuent de désavantager les femmes, notamment en matière de revenus, de répartition des tâches domestiques et de sécurité individuelle.

La conférence a aussi permis de mieux comprendre ce que produit concrètement ce «  discours de crise ». Selon le conférencier, celui-ci tend à désigner les femmes et les féministes comme étant responsables des difficultés vécues par certains hommes, tout en positionnant ces derniers comme des victimes nécessitant soutien et reconnaissance. Ce renversement de perspective contribue à alimenter un mouvement antiféministe qui appelle à une revalorisation des modèles traditionnels de la masculinité.

Monsieur Dupuis-Déri a illustré ces dynamiques en abordant différents exemples issus de la culture populaire et des médias, particulièrement certaines figures publiques ou certains courants idéologiques qui valorisent une masculinité associée à la domination, à la compétition et à la suppression des émotions. Il a également mis en lumière les dérives les plus inquiétantes de la «  manosphère » où circulent abondamment des discours violents et misogynes.

Un segment particulièrement marquant de la conférence portait sur le milieu scolaire. Monsieur Dupuis-Déri a remis en question l’idée selon laquelle l’école serait défavorable aux garçons. Bien que ceux-ci connaissent en moyenne davantage de difficultés scolaires, les recherches démontrent que ces écarts ne s’expliquent pas uniquement par le genre, mais plutôt par une combinaison de facteurs, notamment socioéconomiques. De plus, l’adhésion à des modèles rigides de masculinité ou de féminité serait associée à un risque accru de décrochage scolaire.

Les témoignages évoqués concernant certaines écoles ont également permis de prendre la mesure des tensions présentes sur le terrain : propos sexistes, homophobes ou transphobes, contestation d’initiatives liées à la diversité ou encore tentatives d’intimidation. Ces situations rappellent l’importance du personnel scolaire dans la promotion de milieux inclusifs et égalitaires.

En conclusion, monsieur Dupuis-Déri a invité les personnes présentes à réfléchir à la montée du masculinisme en termes de rapports de pouvoir : qui détient le pouvoir, qui contrôle les informations et les ressources et qui subit la violence ? Ces questions demeurent essentielles à la compréhension des dynamiques sociales actuelles, et à mesurer la pertinence, toujours bien réelle, des luttes féministes.

Présentée dans une atmosphère à la fois conviviale et stimulante, cette conférence a suscité des échanges riches et nuancés. Elle aura sans aucun doute contribué à nourrir la réflexion des membres présents sur les enjeux liés au masculinisme et à l’égalité, toujours à construire, entre les hommes et les femmes.