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Une mesure apparemment généreuse, mais mal reçue

Rémunération des personnes retraitées de retour au travail

Une mesure apparemment généreuse, mais mal reçue

Par Nicole Frascadore, présidente

 

Montréal, le 25 septembre 2020 — Le 22 septembre dernier, le ministre de l’Éducation annonçait en grande pompe une nouvelle mesure financière afin d’inciter les enseignantes et enseignants retraités après le 1er juillet 2015 à retourner au travail.  Une lettre du sous-ministre adressée aux directions générales des centres de services scolaires le confirmait, mais n’apportait aucune autre précision malgré les questionnements et les nombreuses critiques que soulève cette mesure.

Soulignons d’entrée de jeu que le ministre, fidèle à ses habitudes, n’a consulté ni les organisations syndicales ni les associations de personnes retraitées, sur la pertinence et les détails de cette mesure. Pourtant, ce sont ces organismes qui représentent les enseignantes et enseignants, retraités ou non. La FAE (Fédération autonome de l’enseignement) a été informée de l’intention, peu de jours avant l’annonce du ministre et nous a fait suivre l’information.

Cette mesure ne fait donc pas partie de la convention collective et laisse toute la place à l’arbitraire. Des interventions ont été faites auprès du sous-ministre, mais les réponses se font toujours attendre.

Nos questions

La lettre du sous-ministre disait textuellement : Plus précisément, cette mesure permettra de rémunérer les enseignants ayant pris leur retraite depuis le 1er juillet 2015, selon l’échelle salariale qui prévalait lors de leur départ, dès leur première journée de retour au travail ou de suppléance, c’est-à-dire à l’échelon correspondant à leur expérience et à leur scolarité. Comme vous le savez, en vertu du régime actuel, ce taux ne s’applique qu’après 20 jours de suppléance au sein du réseau scolaire. ».

  • Est-ce qu’on parle de l’échelle ou d’échelon salarial au moment du départ ?
  • Pourquoi ne pas appliquer l’échelle salariale actuelle (prévue à la convention collective arrivée à échéance en mars 2020) ?
  • Est-ce que les remplacements ou les contrats déjà en cours au moment de l’annonce seront modifiés dans le sens de cette mesure ou ne sera-t-elle applicable qu’à ceux débutant à compter du 22 septembre 2020?
  • Pourquoi cette mesure touche-t-elle uniquement les personnes retraitées à compter du 1er juillet 2015 ?
  • Est-ce que ces personnes pourront cotiser au RREGOP, une mesure souhaitée qui leur permettrait de bonifier leur rente de retraite ?
  • Est-ce qu’on a pensé aux incidences fiscales et prévu une mesure pour en atténuer les effets ?

Nos réactions

Le taux prévu à la convention collective appliqué normalement après 20 jours de suppléance, dont parle le sous-ministre à la dernière ligne, correspond à l’échelle salariale de l’année en cours du contrat ce qui n’est pas le cas dans cette mesure. Dans son texte, on parle de l’échelle en vigueur lors du départ à la retraite. L’écart entre le maximum de l’échelle salariale de 2020 et celle de 2015 est de 6000$ par année. Le salaire d’une journée aura donc un écart correspondant. Il est donc faux de dire que le salaire sera de 412$ par jour. L’ambigüité risque de causer des surprises à plusieurs personnes lorsque le premier chèque de paie arrivera.

Toutes les personnes qui ont pris leur retraite avant le 1er juillet 2015 ne pourront bénéficier de cette mesure. Elles devront donc travailler 20 jours au taux de suppléance puis, si elles remplacent toujours la même personne, elles toucheront leur salaire à l’échelle actuelle. Celles qui n’ont aucun contrat au terme des 20 jours, continueront d’être rémunérées au tarif de suppléance comme ce sera le cas pour les suppléantes et suppléantes du réseau, quel que soit l’âge ou l’expérience. Pourtant, ces personnes feront le même travail.

Pourquoi avoir choisi une date de retraite plutôt qu’un ou des critères objectifs qui ne portent préjudice à personne? Cette mesure est déployée dans le contexte COVID nous dit-on. Une personne qui a pris sa retraite en 2013 ou 2014 est-elle vraiment plus à risque? Puisque les enseignantes et enseignants doivent être au travail sans égard à leur âge, ignore-t-on qu’avec l’alourdissement des paramètres d’admissibilité à la retraite, plusieurs d’entre eux sont encore au travail à 60 ans d’âge et même plus?

L’échelle salariale en vigueur est l’aboutissement de travaux ardus encadrés et imposés par la Loi sur l’équité salariale. Le fondement de cette loi vise l’application du principe « à travail équivalent, salaire égal ». Cela s’applique encore plus dans le contexte de « travail égal, salaire égal ». L’application de ce principe ne devrait-elle pas être présente ou à tout le moins recherchée par le gouvernement dans les mesures qu’il met en place?

Pourquoi « discriminer » les personnes retraitées entre elles par cette mesure dont les règles sont arbitraires et injustes? Comment les personnes couvertes par la mesure seront-elles reçues dans les établissements où d’autres personnes retraitées et d’autres suppléants non admissibles seront présents?

Nous pensions naïvement que le gouvernement avait appris de ses erreurs avec la récente saga des préposés aux bénéficiaires qui créait deux types de préposés dont les conditions et les exigences sont différentes. Nous devons conclure que c’est plutôt sa méthode de gestion des ressources humaines. Si ce gouvernement consultait un peu plus avant d’agir, il pourrait mieux voir venir les conséquences de ses projets et moins s’exposer aux critiques virulentes dans certains cas.  Mais surtout, il éviterait beaucoup de frustration, de colère et de déception aux personnes qui sont disponibles et disposées à « mettre l’épaule à la roue » pour « donner un petit coup de main ». Déjà que les conditions d’exercices sont loin d’être faciles, il n’est pas nécessaire d’en rajouter!

Enfin, le ministre n’est certainement pas sans savoir que plusieurs enseignantes et enseignants ont pris leur retraite plus rapidement que prévu à cause des conditions de travail qui s’alourdissent de plus en plus, mais aussi parce que se sont ajoutées toutes ces mesures (souvent improvisées) imposées aux établissements dans le contexte de COVID. Une charge de travail devenue beaucoup trop lourde. L’augmentation du nombre de demandes d’adhésion à notre association le démontre clairement.

L’Association de personnes retraitées de la FAE, exprime donc son désaccord avec cette mesure dite incitative parce qu’elle est fondée sur des principes injustes qui ne tiennent aucunement compte de la réalité vécue dans les établissements scolaires, en plus de catégoriser les personnes. Cette mesure, en plus de mal payer, démontre un certain mépris à l’égard des enseignantes et enseignants retraités. La conclusion quelque peu farfelue du ministre Roberge en est un exemple : « On n’a pas leurs numéros de téléphone, parce que je pense que je les appellerais personnellement pour leur dire : « On a besoin de vous, revenez, on croit en vous, on va vous aider à aider les élèves » ».

L’association qui nous unit

L’APRFAE est une association de personnes retraitées provenant du secteur de l’éducation. Elle compte maintenant plus de 2 000 membres, répartis dans sept régions du Québec. L’APRFAE est affiliée à la FAE.